Sad Eyed Lady of the Lowlands
ALBUM : "BLONDE ON BLONDE " - 1966

Blonde On Blonde est un album qui marque un tournant dans l'histoire de la musique et fait oeuvre de modernité. Il s'agit du premier double album, la pochette est floue, on ne trouve ni le nom de l'artiste, ni le titre du disque sur la pochette principale, il est enregistré à Nashville, alors que Dylan était représentatif du new-yorkais branché, etc... et enfin, il possède aussi une face entière consacrée à un titre : "Sad Eyed Lady Of The Lowlands".
Cette chanson très mélodique oublie le surréalisme rimbaldien des trois albums précédents pour clotûrer cette trilogie par une déclaration d'amour très sérieuse.
Peut-être la plus belle chanson de Dylan.
Joan Baez prétend qu'elle a été composée en son honneur (comme elle pense que la plupart des chansons de cette époque le sont), elle a de bonnes raisons car "Lowlands" est le titre d'une des premières chansons qu'elle a interprétées, en 1959, et les yeux de Joan sont parmi les plus tristes (merci Thelma); mais c'est aussi un hymne à Sara, comme l'affirme Bob dans la chanson du même nom. Certains disent que Highlands, de Time Out Of Mind, fait référence aux Lowlands.

Sad-Eyed a été enregistrée en une seule et unique prise tard dans la nuit. Les musiciens, ne sachant pas quand le morceau se terminerait, font régulièrement monter l'orchestration en puissance à la fin de chaque strophe, qui donne à l'ensemble cette succession de sentiments de tensions et de moments de calme. On ne se lasse pas d'écouter Dylan énoncer ses images dans un phrasé hallucinatoire qui plane sur un orgue atmosphérique. Cette chanson n'a jamais été jouée en public, attend-il que Sara lui revienne pour la chanter?


Sad Eyed Lady of the Lowlands La dame des plaines aux yeux tristes
With your mercury mouth in the missionary times,
And your eyes like smoke and your prayers like rhymes,
And your silver cross, and your voice like chimes,
Oh, who among them do they think could bury you?
With your pockets well protected at last,
And your streetcar visions which you place on the grass,
And your flesh like silk, and your face like glass,
Who among them do they think could carry you?
Sad-eyed lady of the lowlands,
Where the sad-eyed prophet says that no man comes,
My warehouse eyes, my Arabian drums,
Should I leave them by your gate,
Or, sad-eyed lady, should I wait?
Avec ta bouche de mercure aux temps des missionnaires,
Et tes yeux de fumée et tes prières en poèmes,
Et ta croix en argent, et ta voix qui sonne,
Lequel d’entre eux, crois-tu, pourrait t’enterrer ?
Avec tes poches enfin bien protégées,
Et tes visions de tramway que tu poses sur l’herbe,
Et ta chair de la soie, ton visage du verre,
Lequel d’entre eux, crois-tu, pourrait te porter ?
Dame des plaines aux yeux tristes,
Là où le prophète aux yeux tristes dit qu’aucun homme ne vient,
Mes yeux de hangar, mes tambours d’Arabie,
Dois-je les laisser à ta porte,
Ou, Dame aux yeux tristes, dois-je attendre ?
With your sheets like metal and your belt like lace,
And your deck of cards missing the jack and the ace,
And your basement clothes and your hollow face,
Who among them can think he could outguess you?
With your silhouette when the sunlight dims
Into your eyes where the moonlight swims,
And your match-book songs and your gypsy hymns,
Who among them would try to impress you?
Sad-eyed lady of the lowlands,
Where the sad-eyed prophet says that no man comes,
My warehouse eyes, my Arabian drums,
Should I leave them by your gate,
Or, sad-eyed lady, should I wait?
Avec tes draps comme du métal et ton lacet en guise de ceinture,
Et ton jeu de cartes où manquent le valet et l’as,
Et tes habits de cave et ton visage creusé,
Lequel d’entre eux, crois-tu, pourrait te percer à jour ?
Avec ton ombre quand la lumière du soleil va mourir
Dans tes yeux où le clair de lune nage,
Avec tes chansons à trois sous et tes cantiques gitans,
Lequel d’entre eux essaierait de t’impressionner ?
Dame des plaines aux yeux tristes,
Là où le prophète aux yeux tristes dit qu’aucun homme ne vient,
Mes yeux de hangar, mes tambours d’Arabie,
Dois-je les laisser à ta porte,
Ou, Dame aux yeux tristes, dois-je attendre ?
The kings of Tyrus with their convict list
Are waiting in line for their geranium kiss,
And you wouldn't know it would happen like this,
But who among them really wants just to kiss you?
With your childhood flames on your midnight rug,
And your Spanish manners and your mother's drugs,
And your cowboy mouth and your curfew plugs,
Who among them do you think could resist you?
Sad-eyed lady of the lowlands,
Where the sad-eyed prophet says that no man comes,
My warehouse eyes, my Arabian drums,
Should I leave them by your gate,
Or, sad-eyed lady, should I wait?
Les rois de Tyr avec leurs listes de condamnés
Attendent en rang leur baiser géranium,
Et tu ne savais pas que ça se passerait ainsi,
Mais lequel d’entre eux veut seulement t’embrasser ?
Avec les flammes d’enfance sur ta couverture de minuit,
Et tes façons d’Espagnole et les médicaments de ta mère
Et ta bouche de cow-boy et les caches à tes fenêtres
Lequel d’entre eux, crois-tu, pourrait te résister ?
Dame des plaines aux yeux tristes,
Là où le prophète aux yeux tristes dit qu’aucun homme ne vient
Mes yeux de hangar, mes tambours d’Arabie
Dois-je les laisser à ta porte,
Ou, Dame aux yeux tristes, dois-je attendre ?
Oh, the farmers and the businessmen, they all did decide
To show you the dead angels that they used to hide.
But why did they pick you to sympathize with their side?
Oh, how could they ever mistake you?
They wished you'd accepted the blame for the farm,
But with the sea at your feet and the phony false alarm,
And with the child of a hoodlum wrapped up in your arms,
How could they ever, ever persuade you?
Sad-eyed lady of the lowlands,
Where the sad-eyed prophet says that no man comes,
My warehouse eyes, my Arabian drums,
Should I leave them by your gate,
Or, sad-eyed lady, should I wait?
Les fermiers et les hommes d’affaires, ils ont tous décidé
De te montrer les anges morts qu’ils cachaient.
Mais pourquoi t’ont-ils choisie pour les écouter ?
Oh comment pourraient-ils jamais te tromper ?
Ils voulaient que tu acceptes d’être accusée pour la ferme,
Mais avec la mer à tes pieds et la fausse alarme bidon,
Et l’enfant d’un truand enveloppé dans tes bras
Comment pourraient-ils jamais, jamais te convaincre ?
Dame des plaines aux yeux tristes,
Là où le prophète aux yeux tristes dit qu’aucun homme ne vient,
Mes yeux de hangar, mes tambours d’Arabie
Dois-je les laisser à ta porte,
Ou, Dame aux yeux tristes, dois-je attendre ?
With your sheet-metal memory of Cannery Row,
And your magazine-husband who one day just had to go,
And your gentleness now, which you just can't help but show,
Who among them do you think would employ you?
Now you stand with your thief, you're on his parole
With your holy medallion which your fingertips fold,
And your saintlike face and your ghostlike soul,
Oh, who among them do you think could destroy you
Sad-eyed lady of the lowlands,
Where the sad-eyed prophet says that no man comes,
My warehouse eyes, my Arabian drums,
Should I leave them by your gate,
Or, sad-eyed lady, should I wait?
Avec tes souvenirs en fer blanc de la rue de la Sardine,
Et ton mari de magazine qui un jour n’eut qu’à partir
Et ta douceur maintenant, que tu ne peux que montrer
Lequel d’entre eux, crois-tu, voudrait te mettre à son service ?
Maintenant tu es avec ton voleur, il t'a libérée sur parole
Avec ta médaille sainte que tu plies du bout des doigts,
Et ta face de sainte, ton âme de fantôme,
Lequel d’entre eux, crois-tu, pourrais te détruire ?
Dame des plaines aux yeux tristes,
Là où le prophète aux yeux tristes dit qu’aucun homme ne vient,
Mes yeux de hangar, mes tambours d’Arabie,
Dois-je les laisser à ta porte,
Ou, Dame aux yeux tristes, dois-je attendre ?
Traduction de Gérard Poillet, notes de François Guillez et Laurent Carluccio


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